
Peau de cochon (P. Katerine, 2004).
L'une des premières qualités de Peau de cochon est probablement cette claire et haute idée que le film se fait du registre intimiste. A repousser sans effort les limites qui bornent ordinairement le noyau dur de l'intériorité, à mesure que le quotidien se livre à la fiction et au vertige, abolissant du même coup toute forme de partage entre ordre public et ordre privé. Une porosité que radicalisent ces deux lignes concurrentes à venir brouiller l'identité à soi : celle du récit, par la constitution de personnages (la femme, le narrateur) et l'ostentation du jeu (les mômes, les potes) ; celle de la modulation intensive, ensuite, crêtes et béances auxquelles ouvrent ce blanc-seing accordé à l'imaginaire enfantin et cette obsession, presque sarrautienne, des bruissements de l'affect pré-verbal.
Ce qui détourne le projet des propriétés acquises du cinéma, âges classique et moderne confondus : la caméra est là comme prolongement du corps et de la voix, instrument d'une rencontre de ces deux modalités fondamentales. Il n'est plus question de mise en scène, ce que souligne avec une simplicité géniale le principe du dernier segment, mais de chemin à parcourir. Rien de bien neuf, pourra-t-on dire : tout était déjà là avant l'ère du clip, de la télé-réalité, d'Internet et des cellulaires. Mais rien ne fonctionnait alors sur le mode adopté suite à ce qui se révèle comme une véritable coupure épistémologique. Philippe Katerine se fait pèlerin de cette religion de l'intime devenue à bien des égards dominante, ayant conquis et transformé de l'intérieur jusqu'aux croyances traditionnelles.
Ce n'est donc pas seulement par jeu analytique que Thierry Jousse file la métaphore religieuse durant la séquence des étrons. A ceci près qu’une telle manie de la conservation n'est pas ce geste blasphématoire qu'il définit de façon presque ironique, mais bien, comme l'affirme l'intéressé, une pratique d'intercession qui le rattache à ce qu’il perçoit comme corps mystique de l'humanité. L'intime est ce circuit qui lie les tréfonds d'une conscience singulière à une forme immanente d'universel, se loge à la lisière de l'affect et du désir sans se plier à leurs lois. Ce pour quoi il est sans doute grand temps de reconsidérer nos conceptions de l'image, héritées d'une époque où seuls ces deux termes pouvaient tenir lieu de paradigme.
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Ce qui détourne le projet des propriétés acquises du cinéma, âges classique et moderne confondus : la caméra est là comme prolongement du corps et de la voix, instrument d'une rencontre de ces deux modalités fondamentales. Il n'est plus question de mise en scène, ce que souligne avec une simplicité géniale le principe du dernier segment, mais de chemin à parcourir. Rien de bien neuf, pourra-t-on dire : tout était déjà là avant l'ère du clip, de la télé-réalité, d'Internet et des cellulaires. Mais rien ne fonctionnait alors sur le mode adopté suite à ce qui se révèle comme une véritable coupure épistémologique. Philippe Katerine se fait pèlerin de cette religion de l'intime devenue à bien des égards dominante, ayant conquis et transformé de l'intérieur jusqu'aux croyances traditionnelles.
Ce n'est donc pas seulement par jeu analytique que Thierry Jousse file la métaphore religieuse durant la séquence des étrons. A ceci près qu’une telle manie de la conservation n'est pas ce geste blasphématoire qu'il définit de façon presque ironique, mais bien, comme l'affirme l'intéressé, une pratique d'intercession qui le rattache à ce qu’il perçoit comme corps mystique de l'humanité. L'intime est ce circuit qui lie les tréfonds d'une conscience singulière à une forme immanente d'universel, se loge à la lisière de l'affect et du désir sans se plier à leurs lois. Ce pour quoi il est sans doute grand temps de reconsidérer nos conceptions de l'image, héritées d'une époque où seuls ces deux termes pouvaient tenir lieu de paradigme.
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