Bonne nouvelle : St. Elsewhere, l'album du duo formé par Danger Mouse et Cee-Lo sort courant avril. Projet longtemps retardé, et pourtant précédé d'une réputation monstre, nourrie par la diffusion massive sur les ondes radio et les audioblogs d'un titre à l'efficacité redoutable, Crazy. Le morceau accuse comme un air printanier : une vigueur border line, partage de fraîcheur, de dynamisme et de réminiscences dépressives. Une tonalité marquée au sceau d'une rémission fragile, sortie de l'ombre paupières papillonnantes. L'évolution s'inscrit dans ce déplacement qui affecte la mise en scène de soi et la performance schizo propre à la mouvance - bricolage d'une imagerie, costumes, masques et mythologie de l'ego qui puisent leurs références bien au-delà de la culture ghetto, brassant avec largesse l'imaginaire du cinéma, de la BD ou de la télé. Glissement progressif d'un usage désirant et politique (les racines P-Funk) à une veine mégalo (l'egotrip de la fin des années 1980) puis nihiliste (la militarisation du Wu-Tang, l'hétéronymie de Kool Keith, la passe dépressive et lo-fi d'un Prince Paul) pour connaître aujourd'hui une expression proprement enfantine dans ce qu'elle articule de cruauté et d'innocence, mode ambivalent d'inquiétude et d'attendrissement, de dérèglement de l'affect et de sensibilité à l'intime. Significatif, en somme, de l'ère qui s'ouvre aujourd'hui au hip-hop : un temps de l'après, de la convalescence et d'une refondation modeste.
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